« Le journal n’est pas forcément le mode de transmission ou d’information privilégié par les nouvelles générations »

Thomas Nguyen a 22 ans et est aujourd’hui étudiant en développement informatique à « Ingésup ». En 2013/2014 il consacre entièrement son année au eSport, avant de tout laisser tomber l’année suivante. Il nous livre son sentiment sur l’eSport, de manière brute, avec une certaine proximité, et décontracté comme pendant un bon stream.

cropped-e-gen2.jpg : Comment as-tu découvert le monde des jeux vidéo ?

Thomas Nguyen :

Cela doit être avec Wow (World of Warcraft) en primaire. J’avais un ami qui y jouait, j’allais chez lui et le jeu avait l’air tellement bien que je l’ai demandé à mes parents. Après cela, j’ai joué à un tas de jeu puis en arrivant à la fac j’ai commencé à jouer à LoL (League of legends). Je joue encore mais pour le divertissement maintenant.

cropped-e-gen2.jpg : Tu joues à des jeux sur téléphone ?

T.N :

Pas de manière sérieuse. Je pense que cela correspond plus à un autre profil de gamer. C’est vraiment axé compétition. C’est moins féérique que les jeux fantasy ou RPG.

cropped-e-gen2.jpg : Depuis quand le côté compétitif t’intéresse-t-il ?

T.N :

Je dirais qu’il est apparu avec LoL (League of Legends). Quand tu joues avec des amis il y a forcément une compétition qui s’instaure. Chacun a son classement, et tu veux dépasser celui des autres. En fait dès que tu commences à jouer en ligne et que tu es confronté à d’autres joueurs, il y a ce côté compétitif qui devient addictif.

cropped-e-gen2.jpg : Depuis quand joues-tu à LoL ?

T.N :

J’ai commencé au lycée, et j’ai repris avec un ami durant ma première année d’Université. Résultat, nous avons été défaillants au bout de trois semaines de cours.

Mais je ne regrette rien. Mine de rien c’était un lieu de sociabilité. Tu ne joues jamais vraiment tout seul. Il y a toujours des gens connectés. Il s’agissait d’une façon de rester chez soi et de quand même voir ses amis.

cropped-e-gen2.jpg : Tu joues à quelle fréquence ?

T.N :

C’est plus par phase. Lorsque tu n’es pas heureux dans ce que tu fais, les jeux vidéo deviennent une échappatoire. Pendant presque un an, je jouais jusqu’à trois ou quatre heures du matin, je dormais et en me levant je m’y remettais. Mais au bout d’un moment tes responsabilités te rattrapent. Tu ne peux pas juste jouer aux jeux vidéo toute la journée sans faire quelque chose de productif. A partir du moment où cela devient un travail c’est différent, ce n’est plus juste jouer. Je voyais les streameurs, les maisons de gaming, cela avait l’air cool, mais j’ai vite compris qu’à mon niveau cela n’allait pas être possible. Il y a toujours le petit espoir de devenir professionnel, même si tu sais que c’est trop tard.

cropped-e-gen2.jpg : Tu suis des streameurs, bloggeurs, influenceurs ?

T.N :

Sur YouTube il y a quelques chaînes sur lesquelles je passe du temps. Je suivais en live tous les grands joueurs américains qui étaient à la LCS (ligue pro de LoL) comme « Dyrus », « Bjergsen », « Doublelift ». Quand tu regardes les streams des pros tu apprends énormément. C’est une grosse partie du jeu de les regarder, et d’ensuite appliquer ce qu’ils font.

cropped-e-gen2.jpg : Tu suis des compétitions ?

T.N :

Moins maintenant. Avant on pouvait suivre des matchs toute la journée avec des amis. Il y avait une vraie culture là-dedans. TSM était à l’époque la team favorite, les fans adoraient cette équipe. Les matchs étaient diffusés sur Twitch ou sur le site de LoL.

cropped-e-gen2.jpg : Est-ce que tu penses que la rubrique eSport d’un journal généraliste comme Le Monde intéresse les fans de eSport ?

T.N :

Il faut rester ouvert. Peu importe le média qui en parle si les articles sont bien faits, si le contenu est intéressant cela peut parler à ceux qui sont dedans. Mais tout est déjà relayé sur les diverses plateformes. Je ne sais pas si tu as besoin de passer par des médias généralistes. Je ne sais pas si cela parle aux gens du eSport.

cropped-e-gen2.jpg : A ton avis pourquoi le eSport n’apparaît-il pas dans les journaux papiers en France ?

T.N :

C’est surement dû à un public différent. Le journal n’est pas forcément le mode de transmission ou d’information privilégié par les nouvelles générations.

cropped-e-gen2.jpg : La maison d’édition Omaké Books a sorti en juillet 2016 le premier numéro du journal de l’eSport, un bi mensuel, qui est le premier magazine européen 100 % réservé au eSport. Qu’en penses-tu ?

T.N :

Le concept est bien. C’est un premier pas, car il n’y a pas de journal vraiment spécialisé sur l’eSport. Cependant les fans d’eSport passent beaucoup de temps sur Internet, et je ne suis pas sûr qu’ils aient besoin d’un format papier pour trouver les informations qu’ils recherchent. On peut trouver tout ce dont on a besoin sur internet. A moins qu’il y ait de grosses exclus mais sinon je ne vois pas.

cropped-e-gen2.jpg : Comment tu t’informes sur l’actualité eSport ?

T.N :

Grâce aux forums, vidéos, streams, ou en lisant des articles des sites d’organisation type Millenium. La particularité du eSport c’est que l’information est faite par la communauté et non pas par des « experts extérieurs ». Tu peux être informé par les joueurs que tu regardes. C’est un partage d’expérience. Ce sont les joueurs qui sont le plus pris au sérieux. Quand ils sont sur leur « stream » ils s’adressent directement aux gameurs.

cropped-e-gen2.jpg : Comment réagis-tu au fait que le rachat de Twitch par Amazon en 2014 (970 millions de dollars) ait été dix fois supérieur à celui du Washington Post ?

T.N :

C’est la preuve que les temps changent. Le fait que Twitch ait une telle valeur ce n’est pas sans raison. C’est vraiment qu’il existe une communauté énorme. Une demande énorme. Je pense que c’est générationnel. Twitch est accessible au plus grand nombre, ce qui n’est pas forcément le cas du « Washington Post », qui est un média traditionnel.

cropped-e-gen2.jpg : A une époque où les utilisateurs de la télévision sont moins nombreux, et où les audiences de Twitch sont très élevées (15 millions de spectateurs par jours), penses-tu que Twitch est le nouveau média de masse ?

T.N :

Je pense que l’on va vivre un grand changement dans le paysage médiatique. Le digital est facile d’accès, gratuit et propose un contenu plus proche de ce que demande les gens, plus brut. Quand tu regardes le « stream » de quelqu’un, c’est comme si tu étais avec lui. Il y a plus de proximité.

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