Le média n’offre plus, il demande

A partir des années 20, le média de masse défini comme « l’idée qu’il existe une multitude de gens disponibles et exposés en même temps, au même message » (Fanny Didierjean) devient incontournable. Près de 100 ans plus tard, l’arrivée d’Internet et de sa génération connectée fait vaciller la télévision au bénéfice d’un média plus spécifique et plus souple.

 

« Aujourd’hui le média de masse télévisuel est en perdition (…) les jeunes s’en désintéressent pour aller vers la logique du « Self Mass Media ». » Selon Fanny DidierJean, analyste des médias, le recul de la télévision s’explique aujourd’hui par un rapport au média plus individuel. La télévision, média de masse par excellence, qui autrefois accaparait tout, « est aujourd’hui un média parmi d’autres. » Le message transmis n’est plus uniforme, mais personnalisé, donc reçu et ressenti individuellement.

C’est à partir des années 80, en particulier avec la naissance du web dix ans plus tard, qu’il est devenu possible de combiner « action de masse » et ciblage. « Depuis les années 80 on est dans une spirale d’hyper-spécialisation et de segmentation. » explique Fanny Didierjean. Ce phénomène s’est ensuite accentué avec l’apparition des réseaux sociaux qui ont rendu accessible à chacun la possibilité de créer du contenu (pour communiquer ou informer) avec un large rayon de diffusion. Il n’est d’ailleurs pas anecdotique que ces outils (essentiellement Twitter et Discord) soient largement utilisés dans le milieu du gaming et plus spécifiquement du eSport. Dans la même veine, les Vod (vidéo à la demande) comme YouTube et Dailymotion ont permis à de nombreux autodidactes de « faire de l’audience » et d’avoir des abonnés, de manière spécialisée et finalement plus communautaire.

Diviser pour mieux régner.

C’est ainsi que le créateur de contenu devient plus proche de son audience, mais que celle-ci s’enferme dans un couloir cognitif (« chacun se concentre sur une passion avec d’autres qui partagent la même passion »). « Chacun se retrouve plutôt par tribu » déplore Fanny Didierjean. Exception faite de certaines manifestations sportives voire politiques, il n’existe plus de possibilité de grand-messe. Dominique Wolton, sociologue français, parle même de « tribalisation des pratiques ». Nous sommes passés d’une programmation rigide « le menu » à une multiplicité d’offres « la carte ».

C’est dans ce contexte que la création de Twitch (en 2011) propulse le secteur de niche du eSport sur le devant de la scène. La diffusion massive de la fibre permet un nombre exponentiel de streameurs et donc d’offres différentes. « Twitch a tout révolutionné », affirme Nicolas Besombes le Vice-président de France Esports, avant d’ajouter « nous prenons maintenant à la « carte » avec beaucoup moins de contraintes ».

Mathieu Fichot, auteur du blog ESPORT 1, estime aussi qu’ « il y a un lien évident entre le déclin de la télévision et la capacité que l’on a aujourd’hui à regarder du contenu d’une autre manière ». Aujourd’hui beaucoup de foyers disposent de divers écrans (télévision, tablette, smartphone, ordinateur), et la consommation du contenu vidéo est souvent accompagnée d’autres « actions » comme un chat, une communication sur les réseaux sociaux, un jeu… L’interactivité est d’ailleurs un élément fondamental de cette nouvelle génération de moyens de diffusions. « C’est une vraie plus-value de la part d’internet. Il y a une proximité entre l’audience et le créateur de contenu que la télévision n’a pas forcément » prolonge Nicolas Besombes. Il s’agit encore d’une évolution qui place l’individu au centre de la réflexion. Même si la télévision essaie d’évoluer avec ses avancées comme avec plusieurs services « replays » ou des tentatives d’interactions (sms pour éliminer un candidat dans les émissions de téléréalité par exemple), son image « vieillotte » auprès des jeunes générations a la peau dure. « Cependant la télévision n’est pas encore terminée, mais je pense que pour l’instant elle a sous-estimé les capacités d’internet. » conclut Mathieu Fichot.

1′ pour comprendre :

*Pour aller plus loin : Ignacio Ramonet, L’explosion du journalisme. Des médias de masse à la masse de médias.

 

 

 

 

 

 

 

 

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