Union de raison

A la télévision la crédibilité et l’argent, à l’eSport l’audience et le digital. Souvent ces deux univers se sont regardés en chiens de faïence mais la suite pourrait bien s’écrire ensemble. Un nouveau-né trop faiblard d’un côté, un vieillard mourant de l’autre. Voilà grossièrement les arguments des deux camps. Mais depuis quelques années les lignes bougent.

L’eSport veut continuer de grandir et pourrait gagner en crédibilité auprès des annonceurs grâce à la télévision, tandis que la télévision veut conquérir un public qui « refuse le système médiatique actuel » (podcast le du eSport #3). Une étude NewZoo assure que 72 % des fans d’eSport seraient âgés de 10 à 35 ans. Bingo. Elle avance aussi que l’eSport aurait réuni 145 millions de spectateurs en 2017. Si l’on ajoute à cela les 100 millions de visiteurs uniques par mois revendiqués par Twitch, ou les 36 millions de téléspectateurs lors de la finale du championnat du monde de League of Legends en 2015, le nourrisson prend du poids. Autrefois réservé aux « hardcore gameurs » le spectacle de niche est maintenant largement démocratisé.

L’Équipe fait la force

C’est en effet le célèbre journal sportif au titre rouge vif qui est le pionnier en France. La chaine l’Équipe 21 a un pont tout trouvé : Fifa (simulation de football). Elle diffuse en octobre 2015 la finale de la Coupe du monde ESWC FIFA 16. Une réussite puisque l’émission rassemble en moyenne 120.000 téléspectateurs, avec un pic à 194.000, alors qu’à cette heure les audiences sont généralement de 90 000 (source Le Figaro). Mathieu Fichot auteur du blog Esport 1 félicite l’initiative et la manière de faire mais regrette la vitrine, « malheureusement Fifa est le meilleur ambassadeur car cela ressemble au football, et donc tout le monde connait les codes. Pourtant c’est loin d’être la discipline la plus populaire ».

« Nous ne nous interdisons pas dans le futur d’organiser d’autres tournois sur des jeux différents » développait Fabrice Jouhaud, directeur général de la chaîne, toujours dans les colonnes du Figaro en 2016, avant de conclure « C’est une discipline en plein essor et qui est loin d’être une niche ».

Les prétendants

Les concurrents ne tardent pas à s’aligner. Le 28 octobre 2016 la première émission du « Canal Esport Club » est diffusée, le 5 décembre BeIn lance aussi son programme présenté par « Tweekz » et « Domingo » (deux streameurs très connus), à partir du 24 septembre 2017 une compétition de 10 semaines est diffusée sur C8, c’est au tour de TF1 en Juin 2017 avec l’XTRA Cup, puis de M6 en entrant dans le capital de Glory4Gamers (organisateurs de tournois eSport).

Suite logique mais qui fait office de petite révolution quand même, Webedia lance le 10 janvier 2018 une chaîne 100 % eSport appelée « ES1 ». Celle-ci est d’abord diffusée sur les box Orange avant d’arriver sur celles de Bouygues et Free en février. Véritable porte-étendard du milieu, elle reste cependant peu adaptée au grand public selon le podcast « le du eSport ».

eSport à son doigt

Malgré les essais, la solution miracle n’est pas encore trouvée. « Diffuser l’eSport à la télévision n’est pas évident. Il est difficile pour le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) de se positionner sur les questions de publicité pour le jeu, l’éditeur, le constructeur de console. Il y a aussi quelque chose de central, c’est que dans l’eSport on ne sait pas combien de temps peuvent durer les parties. Donc faire rentrer cela dans une grille de programme est compliqué. » concède Mathieu Fichot.

Dans le modèle actuel de la télévision la « fusion » avec l’eSport semble en définitive complexe. Cependant si celui-ci évolue et se dirige vers un network global type Netflix (comme évoqué dans le podcast « le du eSport #3 »), il se peut qu’il trouve eSport à son doigt.

 

Pour aller plus loin : (à écouter à partir de 50’20) Podcast le du eSport #3.

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